Le littoral du pays d’Iroise, entre landes, falaises et sentiers sauvages, regorge de récits liés à la mystérieuse ville d’Ys. Ces histoires, transmises par la tradition orale et les pêcheurs, font partie du paysage breton. Elles nourrissent l’imaginaire local et se retrouvent, aujourd’hui encore, dans la toponymie, les chants, ou lors de promenades où chaque point de vue semble habité par cette Atlantide bretonne. Voici quelques éléments essentiels à connaître pour comprendre l’importance de la légende d’Ys dans ce coin du Finistère :
  • La légende fondatrice d’Ys, ville engloutie par l’océan, et son lien avec la côte d’Iroise.
  • Des récits adaptés localement : variantes, lieux et anecdotes propres à la région.
  • Des traces concrètes dans le paysage et la culture : noms de lieux, statues, ex-voto et œuvres inspirées du mythe.
  • L’influence des histoires d’Ys sur la perception du littoral et du patrimoine maritime du pays d’Iroise.
  • Des idées de balades pour explorer les endroits où la légende vibre encore aujourd’hui.

Aux origines du mythe d’Ys : une histoire bretonne liée à la mer

La ville d’Ys, souvent surnommée l’Atlantide bretonne, ferait partie des mythes fondateurs du Finistère. Selon la tradition, la cité aurait été bâtie autrefois par le roi Gradlon, grand souverain proche de la mer. Elle aurait été la plus belle ville du monde, protégée par une immense digue – jusqu’à ce qu’elle soit engloutie, irrémédiablement, par l’océan.

Ce récit est rapporté en de multiples variantes, du Barzaz Breiz (Théodore Hersart de la Villemarqué, 1839) aux chroniques orales recueillies tout au long du XIXe et XXe siècle (cf. Légendes de la mer en Bretagne, Anatole Le Braz, 1900).

  • YS, une cité sur la côte du Finistère : Les versions situent toutes la ville sur la côte ouest de la Bretagne, entre la baie de Douarnenez et la pointe Saint-Mathieu, zone “au bout de la terre” (Pen ar Bed).
  • La digue, la clé et la submersion : Ys vivait par la mer, protégée des flots par une digue, dont seule la clé détenue par Gradlon permettait l’ouverture des écluses. Au terme de sa chute, les eaux ont recouvert la ville d’un coup. Selon la tradition, ce fut la faute de Dahut, la fille de Gradlon, séduite par un personnage diabolique.
  • La résonance dans l’Iroise : Bien que Douarnenez soit le principal lieu associé, la force du mythe marque tout le littoral d’Iroise ; nombreux sont ceux qui affirment entendre les cloches d’Ys certains soirs depuis la Pointe Saint-Mathieu ou la côte de Plougonvelin.

Des histoires de ville d’Ys ancrées localement : variations et lieux symboliques

Sur le littoral du pays d’Iroise, la légende voyage entre les villages. Les anciens y déposent leurs mots et les conteurs, même aujourd’hui, adaptent l’histoire selon la forme du rivage ou les humeurs de la lande. Plusieurs variantes donnent à Ys une couleur locale, où la rudesse de la mer joue le premier rôle.

Ys à la Pointe Saint-Mathieu : histoires de brume et d’abîmes

La Pointe Saint-Mathieu, sentinelle de pierre aux abords du Conquet, est un des promontoires favoris pour évoquer la ville d’Ys. Les habitants racontent — souvent lors des veillées ou sur les marches du monastère en ruine — que, par météo trouble, certains ont perçu l’écho d’une cloche sous-marine ou l’ombre d’une cité enfouie. Pour certains pêcheurs, Ys aurait été visible, “toute faite de lumière”, au centre d’un halo de brume, juste avant la nuit de tempête.

Une histoire citée par Anatole Le Braz rapporte qu’un marin se serait approché d’une lueur étrange près de la Pointe de Corsen, et aurait entrevu “une ville de pierre verte dressée au fond de l’eau, toute vibrante de silence”. Cet imaginaire, puissant et évocateur, traverse le quotidien des générations.

Des indices dans la toponymie et la mémoire orale

On retrouve trace d’Ys dans le nom de certains rochers (“Rocher d’Ys” parfois mentionné dans les récits de pêche du côté de Plougonvelin). Certains noms de lieux peuvent faire écho à une cité disparue, et alimentent les soupçons : la plage de Trez-Hir (“plage longue”), de par sa géographie, aurait selon quelques anciens été le dernier rivage où la mer a “avalé” la ville.

Dans la mémoire locale, on croise aussi des chants et complaintes mentionnant “la grande ville sous la mer”, transmise lors des pardons marins et des fêtes du bout du monde (Tudchentil).

Les manifestations visibles de la légende d’Ys sur le paysage littoral

Ce mythe ne reste pas invisible pour les voyageurs attentifs. Il s’inscrit dans le paysage, sur les murs, dans les regards lancés vers l’Atlantique. Voici quelques exemples concrets :

  • Statues de Gradlon : Le roi Gradlon, en fuite sur son cheval, figure régulièrement sur les frontons d’églises. Une copie de la fameuse statue de la cathédrale de Quimper est souvent évoquée lors de fêtes locales.
  • Œuvres d’art et ex-voto : Plusieurs ex-voto marins dans les chapelles du littoral incluent la symbolique de la ville d’Ys ou des vagues prêtes à submerger le rivage.
  • Mémoires du sentier côtier : En longeant le GR34 (sentier des douaniers), des panneaux d’interprétation racontent l’histoire d’Ys et évoquent la fragilité de la relation entre terre et mer.

Chants et culture populaire : la transmission d’Ys

La chanson “La complainte de Gradlon” ou “An Droug-anez”, souvent fredonnée dans les villages et lors des festoù-noz, rappelle la catastrophe d’Ys tout en la reliant au présent. Ces mélodies sont de véritables repères pour la communauté (cf. Barzaz Breiz, Les chants populaires de la Bretagne). Les conteurs locaux, comme ceux du festival du conte de Ploudalmézeau, perpétuent cette tradition, en adaptant les histoires d’Ys à l’intimité de la côte d’Iroise.

L’influence de la légende sur la façon d’habiter et de parcourir l’Iroise

La légende d’Ys façonne le regard sur le littoral. Ici, l’océan n’est pas qu’un vaste horizon, il est un souvenir, une menace mais aussi une promesse. Pour beaucoup, le danger de la montée de la mer est une actualisation, presque tangible, de la chute d’Ys — et cela se traduit par la vigilance à l’égard des tempêtes, la mémoire des naufrages, ou la sobriété des villages littoraux.

Même si la réalité de la ville engloutie demeure de l’ordre du mythe, il ne rare de rencontrer des gens qui, devant la mer en furie, chuchotent : “C’est la colère d’Ys”. Les pêcheurs rapportent parfois des bruits étranges dans les “pas d’eau” près de la pointe de Corsen, comme si le passé n’avait pas fini d’errer.

  • Les balades nocturnes ou au petit matin, quand la brume envahit la côte, sont particulièrement propices à la rêverie liée à Ys.
  • À Plougonvelin, des visites guidées organisées par l’office du tourisme incluent souvent une halte sur la légende — conseils sur site officiel Pays d’Iroise.
  • Des sentiers d’interprétation permettent de relier le mythe d’Ys à la fragilité du trait de côte, notamment à la pointe Saint-Mathieu et le chemin vers Trez-Hir.

Suggestions de balades et conseils pratiques pour marcher dans les pas de la légende

Plusieurs itinéraires, simples ou plus aventureux, permettent de ressentir la présence d’Ys dans le paysage :

  1. De Plougonvelin à la Pointe Saint-Mathieu :
    • Points d’intérêt : panorama sur la mer d’Iroise, ruines de l’abbaye, phare, panneaux relatant la légende d’Ys.
    • Particularité : Marcher lors des grandes marées pour ressentir la puissance de l’océan, qui offre de belles lumières rasantes et parfois, au loin, l’illusion de reliefs submergés.
  2. Crique de Trez-Hir au sentier des douaniers :
    • Itinéraire sinueux le long des criques ; certains rochers portent des surnoms évoquant la ville disparue – parfait pour laisser l’imagination voguer.
    • En fin de journée, la lumière peut prendre des teintes très dorées, idéales pour capter l’atmosphère “enchantée” des récits d’Ys.
  3. Pointe de Corsen :
    • Lieu légendaire, réputé pour être le “bout du bout” de la terre. Les soirs de tempête, écouter la mer ici, c’est entendre tous les fantômes de la Bretagne.
    • Pour les curieux, poursuivre jusqu’au sémaphore et observer l’horizon à la jumelle.

Il est conseillé de s’équiper de bonnes chaussures (sentiers parfois glissants, surtout par temps de brume), de prendre une cape de pluie et un thermos (le vent peut y être mordant même en été) – et d’ouvrir les oreilles : à défaut d’entendre les cloches, on se surprend souvent à percevoir le souffle de la légende entre deux ressacs.

Échos et perspectives : pourquoi la légende d’Ys accompagne encore les pas sur le littoral d’Iroise

L’histoire d’Ys lie le littoral d’Iroise à l’invisible, à un passé imaginaire mais fondamental qui façonne la manière d’habiter, de parcourir, de raconter la côte. À chaque détour du sentier côtier, à chaque regard vers la mer, se glisse la possibilité de retrouver la ville endormie – ne serait-ce que dans une ombre, un bruit, une histoire murmurée sous le vent. Cette légende, loin d’être figée, continue de nourrir la poésie et le sens du paysage. Elle invite chaque promeneur, local ou de passage, à écouter le pays d’Iroise autrement : avec une attention accrue pour ce que l’on ne voit pas, mais qui peut apparaître, parfois, entre brume, lumière et mer lancinante.

SOURCES : - Barzaz Breiz, Théodore Hersart de la Villemarqué, éd. 1839 - Légendes de la mer en Bretagne, Anatole Le Braz, 1900 - Office de tourisme du Pays d’Iroise (site officiel) - Tudchentil (chant et mémoire orale) : https://www.tudchentil.org/article.php?id=280 - Les sites locaux, panneaux d’interprétation sur place, mémoire orale et fêtes bretonnes

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