Des histoires de ville d’Ys ancrées localement : variations et lieux symboliques
Sur le littoral du pays d’Iroise, la légende voyage entre les villages. Les anciens y déposent leurs mots et les conteurs, même aujourd’hui, adaptent l’histoire selon la forme du rivage ou les humeurs de la lande. Plusieurs variantes donnent à Ys une couleur locale, où la rudesse de la mer joue le premier rôle.
Ys à la Pointe Saint-Mathieu : histoires de brume et d’abîmes
La Pointe Saint-Mathieu, sentinelle de pierre aux abords du Conquet, est un des promontoires favoris pour évoquer la ville d’Ys. Les habitants racontent — souvent lors des veillées ou sur les marches du monastère en ruine — que, par météo trouble, certains ont perçu l’écho d’une cloche sous-marine ou l’ombre d’une cité enfouie. Pour certains pêcheurs, Ys aurait été visible, “toute faite de lumière”, au centre d’un halo de brume, juste avant la nuit de tempête.
Une histoire citée par Anatole Le Braz rapporte qu’un marin se serait approché d’une lueur étrange près de la Pointe de Corsen, et aurait entrevu “une ville de pierre verte dressée au fond de l’eau, toute vibrante de silence”. Cet imaginaire, puissant et évocateur, traverse le quotidien des générations.
Des indices dans la toponymie et la mémoire orale
On retrouve trace d’Ys dans le nom de certains rochers (“Rocher d’Ys” parfois mentionné dans les récits de pêche du côté de Plougonvelin). Certains noms de lieux peuvent faire écho à une cité disparue, et alimentent les soupçons : la plage de Trez-Hir (“plage longue”), de par sa géographie, aurait selon quelques anciens été le dernier rivage où la mer a “avalé” la ville.
Dans la mémoire locale, on croise aussi des chants et complaintes mentionnant “la grande ville sous la mer”, transmise lors des pardons marins et des fêtes du bout du monde (Tudchentil).