Premiers pas au bout du continent

Marcher autour de Plougonvelin, c’est s’offrir une autre façon de lire la carte futée des bords du monde. Ici, le sentier des douaniers – le GR34, célèbre « sentier des douaniers » taillé dans la côte sauvage du Finistère – épouse chaque anse et chaque falaise du Pays d’Iroise. La pause pique-nique devient une parenthèse, un vrai moment d’immersion : devant la mer d’huile du matin ou sous le vent qui joue dans les fougères.

Choisir un itinéraire : entre patrimoine et vues à couper le souffle

La promesse de la randonnée ici, c’est ce mélange unique : la part du grand air, mêlée à celle des histoires. Autour de Plougonvelin, trois itinéraires s’imposent pour qui veut conjuguer marche et déjeuner dehors.

1. Boucle de la Pointe Saint-Mathieu (environ 11 km)

  • Départ/Arrivée : Place des Moussaillons, Plougonvelin (parking à proximité)
  • Durée : 3h30 à 4h30 tranquillement, pique-nique compris
  • Difficulté : Facile à moyenne (petit dénivelé sur les falaises, accessible pour enfants randonneurs)

Coup de cœur assuré : ici, on longe d’abord la plage du Trez Hir puis, rapidement, la lande s’étend à perte de vue. Une alternance très « terroir Iroise » – fougères, ajoncs éclatants d’avril à août, odeur de sel. Arrivé à la pointe Saint-Mathieu, pause immanquable devant le phare (1835, 37 m de haut) et les ruines de l’ancienne abbaye bénédictine (XIe siècle). Source patrimoine : Office de tourisme Iroise Bretagne.

  • Spot pique-nique conseillé : Les bancs de pierre à l’ouest de l’abbaye, face à Ouessant et Molène, ou, pour plus de tranquillité, les herbes rases un peu avant la Pointe de Créac’h Meur.

Là, l’horizon est immense : par temps clair, on aperçoit les îles (Molène à 11 km, Ouessant à 18 km de la côte), les cargos qui patientent au mouillage, et souvent les faucons crécelles. Au retour, le sentier fait une boucle dans la lande puis redescend vers Plougonvelin.

2. Vers le Fort de Bertheaume (environ 7 km, aller-retour)

  • Départ/Arrivée : Plage du Trez Hir
  • Durée : 2h à 2h30, parfait pour une parenthèse plus courte
  • Difficulté : Facile

Moins escarpée que la boucle de Saint-Mathieu, cette randonnée se faufile entre sentiers côtiers, criques aux galets sonores et anciens corps de garde du XVIIIe siècle (visibles sur les cartes IGN et repérés sur site). L’arrivée au Fort de Bertheaume impressionne toujours : construit sur un îlot rocheux depuis Vauban (fin XVIIe), il fut un site défensif clé dans l’histoire maritime du Finistère (Infos historiques : bertheaume-iroise.fr).

  • Spot pique-nique : Juste avant le fort, une prairie en surplomb offre des bancs, sinon l’esplanade du fort lui-même (accès libre hors spectacles). Les embruns et la vue panoramique gratifient chaque bouchée.

3. Boucle confidentielle de Roscarn à la pointe de Beg ar Vir (environ 8,5 km)

  • Départ/Arrivée : Hameau de Roscarn (stationnement possible autour de l’ancienne ferme)
  • Durée : 3h, sans se presser
  • Difficulté : Facile, attention juste aux passages boueux après pluie

Ici, l’ambiance est celle d’une carte postale oubliée. Les chemins agricoles serpentent entre prés clos de vieux murs de pierres, on croise parfois des vaches pie-noir bretonnes, puis on rejoint les sentiers littoraux. À la pointe de Beg ar Vir, l’océan se donne en spectacle. La vue sur le goulet de Brest et les épaves du port militaire y ajoute une touche de mystère (Source infos : Iroise Bretagne).

  • Spot pique-nique : Sur la lande, près du blockhaus recouvert de lichens, à l’abri du vent : parfait pour observer les sternes pierregarin et, à marée basse, les pêcheurs à pied depuis la grève dite "du bout du monde".

Bien vivre son pique-nique en Iroise : conseils étoilés

  • Respecter la nature : Remportez tous vos déchets (poubelles rares en littoral), évitez d’emporter des emballages superflus.
  • Pour s’installer : Privilégiez les espaces herbeux ou les pierres plates, tenez compte du vent : sur cette côte, il peut être traître même un jour de soleil.
  • À éviter : Les zones protégées (oiseaux nicheurs notamment entre mars et juillet) – panneaux signalétique sur place, merci de les respecter (Réserves naturelles de France).
  • Idées gourmandes locales faciles à glisser dans le sac :
    • Kig ha farz à emporter (charcuterie J. Le Mouel, Plougonvelin)
    • Fromages fermiers du Meneham (marché de Plougonvelin le dimanche)
    • Fruits de mer – bulots ou demi-tourteaux, chez le poissonnier du Trez Hir
    • Fruits de saison (fraises de Plougastel en juin, pommes locales à l’automne)
    • Gâteau breton individuel, kouign-amann de la boulangerie Ty Forn

Le plaisir, c’est aussi de grignoter en observant les goélands qui guettent, les cirés accrochés aux bosquets pour sécher, ou les cousins bruyants venus du vent. Un passage de dauphins, si la chance vous sourit, n’est jamais exclu sur la côte entre Bertheaume et Saint-Mathieu : la baie de Bertheaume est l’un des spots les plus prisés pour observer les marsouins en migration (infos : obreizh.com).

Se préparer côté météo et marées

Le Finistère a ses humeurs, qui font tout son sel. Quelques conseils éprouvés avant de boucler son sac :

  • Météo :
    • Le vent d’ouest peut forcir rapidement : toujours une couche coupe-vent, y compris l’été.
    • Les températures en coteau peuvent descendre à 12-14°C même fin juin ; en plein hiver, la moyenne est de 7-9°C sur la côte (source : Météo-France).
    • Consultez Windguru pour les rafales et Shom pour les horaires de marée (certains passages littoraux sont inondés à marée haute).
  • Équipement indispensable :
    • Poncho de pluie/ K-way
    • Bouteille d’eau solide (pas de robinets sur le GR34)
    • Chaussures de marche à semelle crantée (attention, certains sentiers restent boueux toute l’année)
    • Couteau, serviette microfibres, sacs réutilisables

Ouvrir le paysage : quelques petits secrets à ne pas manquer

  • Lumière de fin de journée : Entre avril et septembre, le soleil se couche directement sur Ouessant vu depuis la pointe Saint-Mathieu (heure variable de 21h20 en juin à 18h en novembre - Réf : timeanddate.com). Photographies éblouissantes, ambiance presque mystique.
  • La sente des orchidées : En mai, le chemin entre Créac’h Meur et la pointe Saint-Mathieu se pare d’orchidées sauvages, dont l’Orchis mâle (Anacamptis mascula), espèce protégée en Bretagne.
  • Le banc « le plus solitaire » : Non signalé sur les cartes, un banc de bois usé, peint vert-forêt, surplombe la crique des Rospects, à mi-chemin entre le Trez Hir et Kervorvan. Endroit rêvé pour les contemplatifs ou les amoureux de bouquins (bonne couverture réseau 4G même au bord des falaises).
  • Le bruit du ressac : À certains endroits, la mer frappe des grottes sous les falaises – écouter ce grondement, c’est prendre le pouls du bout du monde.

Pour aller plus loin

Préparer une randonnée avec une pause gourmande en Iroise, c’est, chaque fois, s’inventer une porte ouverte sur l’ailleurs : lumière, vent et histoires perdues se mêlent à la simplicité d’un repas partagé au grand air.

Pour découvrir d’autres itinéraires, repérer les zones vraiment tranquilles (indiquées sur la base des retours de randonneurs sur Cirkwi ou VisuGPX), restez attentif aussi aux horaires de marées et aux fermetures éventuelles de certains tronçons (gardez toujours un plan papier IGN au cas où le téléphone vous lâche).

Partir à la journée, voilà finalement l’un des plus beaux moyens de goûter l’insouciance du bord du monde – surtout quand on l’accompagne d’un pique-nique qui fait plaisir, sur fond d’iode et de lumière mouvante.

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